Sahara occidental
Documentation historique · CASO

Chronologie du Sahara occidental —
50 ans d'occupation

1975Invasion marocaine
33 ansRéférendum promis, jamais tenu
165 000Réfugiés à Tindouf
~10 MMines antipersonnel
Conflit armé
Violation / crime
Résolution ONU
Accord / cessez-le-feu
Impasse géopolitique
Contexte colonial
Contexte colonial (1884–1975)
1884
Protectorat espagnolColonisation
L'Espagne établit sa présence au Rio de Oro. Le peuple sahraoui, organisé en confédérations tribales, n'est pas consulté.
1963
Inscription à l'ONUONU
L'ONU classe le Sahara espagnol parmi les territoires non autonomes et reconnaît le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
10 mai 1973
Fondation du Front PolisarioRésistance
Naissance du mouvement de libération nationale sahraoui, reconnu par les résolutions ONU ultérieures comme représentant légitime du peuple sahraoui.
La trahison espagnole & l'invasion marocaine (1975–1976)
Oct. 1975
Avis consultatif de la CIJCIJ
La Cour internationale de justice tranche : ni le Maroc ni la Mauritanie ne détiennent de souveraineté sur le territoire. Le droit à l'autodétermination sahraoui est réaffirmé — trois semaines avant la Marche Verte.
6 nov. 1975
La Marche Verte — violation du droit internationalCrime d'État
Hassan II envoie 350 000 civils et des milliers de soldats traverser la frontière, ignorant délibérément l'avis de la CIJ rendu trois semaines plus tôt. L'armée marocaine déclenche simultanément l'opération Ouragan contre les populations civiles sahraouies en fuite.
Crimes documentés — Marche Verte & offensive militaire

Bombardements au napalm : des témoignages recueillis par Amnesty International et des journalistes de l'agence EFE présents sur le terrain font état de bombardements au napalm contre des colonnes de civils sahraouis en fuite, dans les zones de Tifariti et Guelta Zemmour (nov.–déc. 1975).

Bombardements au phosphore blanc : des témoins et rescapés rapportent l'usage de munitions incendiaires sur des campements et convois de réfugiés.

Massacre d'Um Dreiga (jan. 1976) : des centaines de civils sahraouis — femmes et enfants inclus — sont tués lors de frappes aériennes et terrestres sur un camp de réfugiés. La Croix-Rouge internationale demande l'accès sans l'obtenir.

Disparitions forcées : des centaines de Sahraouis sont arrêtés dès 1975–1976 et disparaissent dans des centres de détention secrets marocains. Beaucoup ne réapparaîtront que des décennies plus tard, ou jamais.

Ces faits constituent selon de nombreux juristes des crimes de guerre et potentiellement des crimes contre l'humanité. Le Maroc n'a jamais été poursuivi devant un tribunal international.

Nov. 1975
Résolutions 3458 A & B — AG ONUONU
L'Assemblée générale réaffirme le droit à l'autodétermination et exige l'arrêt de l'avancée marocaine. Le Maroc ignore ces résolutions.
14 nov. 1975
Accords de Madrid — cession illégaleViolation DI
L'Espagne cède le territoire au Maroc (2/3) et à la Mauritanie (1/3) sans consulter le peuple sahraoui, en violation directe des résolutions ONU. Ces accords n'ont jamais été reconnus valides en droit international.
27 fév. 1976
Retrait espagnol — proclamation de la RASD
L'Espagne quitte le territoire. Le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD), reconnue par plus de 80 États.
Guerre et violations systématiques (1976–1991)
1976–1991
Détentions secrètes et disparitions forcéesCrime documenté
Le Maroc détient des centaines de Sahraouis dans des centres de détention secrets : Derb Moulay Cherif, Agdez, Kalaat M'Gouna. Des prisonniers disparaissent pendant des années sans jugement ni contact familial. L'Instance Équité et Réconciliation marocaine reconnaîtra elle-même une partie de ces cas en 2005 — sans que les responsables soient jamais jugés.
Sources : Amnesty International (rapports 1977–1991), Human Rights Watch, IER Maroc 2005.
1979
Résolution 34/37 — AG ONUONU
L'Assemblée générale reconnaît le Polisario comme représentant légitime et demande un référendum d'autodétermination. Le Maroc refuse.
1979
Retrait mauritanienAccord partiel
La Mauritanie renonce à ses revendications (accord d'Alger). Le Maroc annexe immédiatement la zone mauritanienne.
1980–1987
Mur de sable — avec l'aide de la France et d'IsraëlOccupation / violation DI
Le Maroc érige en six phases un berm militaire de 2 700 km traversant le Sahara occidental. Aucun mandat onusien ne l'autorise. La construction bénéficie d'une assistance technique extérieure documentée par plusieurs sources convergentes (Karine Bennafla, L'Espace Politique, 2013 ; Le Point, janv. 2013 ; Wikipedia).
France — assistance technique

Des techniciens et conseillers militaires français participent à la conception et à la construction du mur. La France assure simultanément la protection diplomatique du Maroc au Conseil de sécurité de l'ONU, bloquant toute condamnation.

Israël — expertise militaire

Des experts militaires israéliens conseillent le Maroc. Selon des sources concordantes, Ehud Barak — futur Premier ministre — aurait été présent sur le terrain au début des années 1980. Israël mobilise son expérience des lignes défensives (ligne Bar-Lev) pour concevoir l'ouvrage.

Violations engendrées par le mur

Séparation de familles : des milliers de Sahraouis coupés de leurs proches, de leurs terres et de leurs sources d'eau traditionnelles.

Sédentarisation forcée : des populations nomades contraintes à l'immobilité, rompant un mode de vie millénaire.

Violation de la IVe Convention de Genève (art. 49) : construction d'infrastructures militaires permanentes par une puissance occupante dans un territoire non autonome.

~10 M
mines antipersonnel et antichars enfouies le long du berm — selon le CICR et Western Sahara Resource Watch. Le Sahara occidental figure parmi les territoires les plus minés au monde.
6 sept. 1991
Cessez-le-feu & création de la MINURSORésolution 690
Le Conseil de sécurité crée la Mission des Nations Unies pour organiser un référendum d'autodétermination. Ce référendum, promis pour 1992, n'a toujours pas eu lieu plus de 30 ans après.
Occupation consolidée — répression civile (1991–2010)
1991–présent
Colonisation démographiqueViolation art. 49 Conv. Genève
Le Maroc transfère massivement des colons marocains dans les territoires occupés, modifiant la démographie du Sahara occidental. Cette pratique viole l'article 49 de la IVe Convention de Genève, qui interdit tout transfert de population par une puissance occupante.
1992–2006
Référendum sans cesse repousséObstruction marocaine
Le Maroc bloque l'identification des votants. Les plans Baker I (2001) et Baker II (2003) — ce dernier accepté par le Polisario — échouent face au refus marocain d'inclure l'indépendance parmi les options. L'envoyé James Baker démissionne en 2004.
8 nov. 2010
Camp de Gdim Izik — démantèlement violentCrime documenté
Quelque 20 000 Sahraouis dressent un camp de protestation pacifique. Les forces marocaines le démantèlent violemment. Des Sahraouis sont tués. Des dizaines de manifestants sont jugés devant un tribunal militaire, en violation du droit à un procès équitable. Human Rights Watch et Amnesty documentent la torture en détention. Le Parlement européen condamnera ces procès en 2013 et 2016.
Résistance & impasse internationale (2011–aujourd'hui)
2011
MINURSO sans mandat droits humainsONU
Sous pression marocaine, le Conseil de sécurité refuse d'étendre le mandat de la MINURSO à la surveillance des droits humains. C'est la seule mission de paix de l'ONU à ne pas disposer d'un tel mécanisme.
2011–présent
Répression continue des militants sahraouisRépression systématique
Des militants comme Aminatou Haidar, Sultana Khaya et les membres du CODESA font l'objet d'arrestations arbitraires, tortures en détention, procès inéquitables, interdictions de voyager et harcèlement de leurs familles. L'accès des journalistes et observateurs aux territoires occupés reste très restreint.
Sources : rapports annuels Amnesty International, Human Rights Watch, Rapporteur spécial ONU.
Nov. 2020
Guerguerat — rupture du cessez-le-feu de 1991Violation
Le Maroc intervient militairement pour lever un blocage civil pacifique du Polisario. Celui-ci déclare la fin du cessez-le-feu et reprend les hostilités.
Déc. 2020
Reconnaissance américaine — Accords d'AbrahamTournant géopolitique
Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange de la normalisation Maroc–Israël. Cette décision unilatérale contredit les résolutions du Conseil de sécurité et n'est pas reconnue par l'ONU.
Juil. 2024
La France reconnaît le plan d'autonomie marocainTournant géopolitique
Emmanuel Macron déclare que le plan d'autonomie sous souveraineté marocaine est « la seule base sérieuse et crédible ». Réactions vives de l'Algérie et du Polisario. La question du référendum reste entière au regard du droit international.
Aujourd'hui
Le peuple sahraoui attend toujours son droit à voterDroit bafoué
Le référendum promis en 1991 par le Conseil de sécurité n'a toujours pas eu lieu. Plus de 165 000 Sahraouis vivent dans les camps de réfugiés de Tindouf. Les territoires occupés restent fermés aux observateurs indépendants.
Sources générales : Amnesty International · Human Rights Watch · Western Sahara Resource Watch · Survie (Billets d'Afrique) · K. Bennafla, L'Espace Politique, 2013 · Résolutions ONU S/RES/690 et suivantes · CICR · Parlement européen (résolutions 2013, 2016, 2019).