Depuis l'invasion militaire du Sahara Occidental en novembre 1975, le Maroc exerce une occupation caractérisée par des violations massives du droit international. Ce n'est pas un conflit gelé, ni un différend territorial entre deux parties équivalentes : c'est une colonisation active documentée par les Nations Unies elles-mêmes, accompagnée de crimes de guerre, de torture, de disparitions forcées et d'une exploitation systématique des ressources naturelles d'un peuple sans État.

I. 1975 : une invasion militaire, pas une « marche pacifique »

Le 6 novembre 1975, Hassan II organise la « Marche verte » : 350 000 civils marocains franchissent la frontière du Sahara espagnol, encadrés et précédés par 20 000 soldats. L'opération, présentée comme un acte de recouvrement national souverain, dissimule une offensive militaire planifiée depuis des mois avec l'aval tacite des États-Unis, alors en pleine guerre froide.

Quelques jours après, les accords de Madrid — signés dans le dos du Conseil de sécurité de l'ONU — transfèrent illégalement la colonie espagnole au Maroc et à la Mauritanie, en violation directe du droit des peuples à l'autodétermination reconnu dès 1966 par la résolution 2200 de l'Assemblée générale. La Cour internationale de Justice, consultée six semaines auparavant, avait pourtant affirmé qu'aucun lien de souveraineté ne liait ces territoires au Maroc.

L'armée marocaine bombarde alors les populations civiles sahraouies qui fuient vers l'Algérie. Les localités de Farsia, Tifariti et Um Dreiga sont frappées au napalm et selon de nombreux témoignages collectés par Amnesty International, au phosphore blanc. Entre 40 000 et 80 000 Sahraouis fuient et s'installent dans les camps de Tindouf, en Algérie, où leurs descendants vivent encore aujourd'hui.

50+ Années d'occupation militaire ininterrompue
~180 000 Réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf
2 700 km De mur militaire truffé de mines antipersonnel

II. Le mur de la honte : une coupure humaine et territoriale

Entre 1980 et 1987, le Maroc érige le plus long mur militaire du monde après la ligne de démarcation coréenne : 2 700 kilomètres de berme fortifiée, équipée de détecteurs électroniques, de barbelés et de plusieurs millions de mines antipersonnel. Ce dispositif divise le territoire en deux, condamnant les zones libérées administrées par le Front Polisario à un isolement total, et transformant la partie occidentale en territoire hermétiquement contrôlé par Rabat.

Des civils, des bergers, des enfants et du bétail continuent à sauter sur ces mines, des décennies après leur pose. Le Maroc refuse de ratifier la Convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnel, en violation du droit international humanitaire coutumier reconnu par la quasi-totalité des États.

III. Torture, disparitions forcées, prisonniers politiques

Les décennies 1970–1990 sont marquées par des disparitions forcées massives. Des centaines de Sahraouis — militants, étudiants, simples civils — sont arrêtés, torturés dans des centres de détention secrets et disparaissent pour des années sans qu'aucune information ne soit transmise à leurs familles. Le centre clandestin de Derb Moulay Cherif à Casablanca, puis des centres à Laayoune même, sont cités dans de nombreux rapports comme lieux de sévices systématiques. Des victimes décrivent : électrocutions, pendaisons par les membres, simulacres de noyade, violences sexuelles.

« J'ai été détenu pendant trois ans sans être présenté à aucun juge. On m'a torturé pendant des mois. Quand j'ai été libéré, ma famille ne savait pas si j'étais mort ou vivant. »

— Témoignage recueilli par Human Rights Watch, Laayoune, 2005

En 1991, un cessez-le-feu est conclu sous l'égide de l'ONU, avec la promesse d'un référendum d'autodétermination. Le Maroc multiplie alors les manœuvres dilatoires, en contestant la composition des listes électorales pendant des années. Trente-trois ans plus tard, le référendum n'a toujours pas eu lieu.

IV. L'occupation active : réprimer, coloniser, exploiter

Le qualificatif « conflit gelé » que certains analystes appliquent au dossier sahraoui est profondément inexact. L'occupation marocaine est active, évolutive et multidimensionnelle. Sur le plan démographique d'abord : Rabat a massivement déplacé des colons marocains vers le Sahara occidental à travers des politiques d'incitation fiscale et foncière. Ces colons constituent aujourd'hui la majorité démographique des territoires occupés, rendant tout référendum d'autodétermination arithmétiquement de plus en plus difficile.

Sur le plan économique ensuite : les ressources naturelles sahraouies — phosphates de Bou Craa (parmi les plus riches du monde), pêcheries côtières parmi les plus productives d'Afrique, potentiel pétrolier offshore — sont exploitées par le Maroc et ses partenaires commerciaux, dont l'Union européenne, sans consultation ni bénéfice aucun pour le peuple sahraoui. La Cour de justice de l'Union européenne a condamné cette situation à plusieurs reprises, notamment dans son arrêt historique du 4 octobre 2024.

La répression des militants sahraouis reste constante. Le procès du groupe Gdeim Izik (2010–2017) en est l'exemple le plus emblématique : après le démantèlement violent d'un camp de protestation de 20 000 personnes en novembre 2010, 25 militants sahraouis sont condamnés à des peines allant jusqu'à la réclusion à perpétuité, lors d'un procès devant un tribunal militaire dénoncé par les Nations Unies comme inéquitable. Le Comité contre la torture de l'ONU a rendu depuis lors plus de dix décisions concluant à la torture et aux mauvais traitements dans ce dossier.

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V. 2020–2026 : la reprise des hostilités et l'escalade

En novembre 2020, le Front Polisario annonce la fin du cessez-le-feu de 1991 après qu'une opération militaire marocaine a bloqué la route de Guerguerat, seule artère commerciale traversant la zone tampon. La guerre reprend officiellement après 29 ans d'armistice. Depuis, des frappes de drones marocains — équipés de technologies turques Bayraktar et israéliennes Harop — ont tué des civils sahraouis dans les zones libérées, selon des rapports d'ONG et de journalistes présents sur le terrain.

Parallèlement, la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, encouragée par l'administration Trump en décembre 2020 en échange de la reconnaissance américaine de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara Occidental — décision sans précédent et contraire aux résolutions de l'ONU — a renforcé la position diplomatique de Rabat tout en marginalisant davantage les droits du peuple sahraoui.

Conclusion — Le veto de la complicité

Le Sahara occidental n'est pas un conflit ambigu entre deux parties équivalentes. C'est un territoire non autonome inscrit sur la liste de l'ONU depuis 1963, occupé militairement par le Maroc depuis 1975 en violation persistante du droit international. Les crimes commis — bombardements de civils, usage d'armes prohibées, torture, disparitions forcées, exploitation illégale des ressources — sont documentés par Amnesty International, Human Rights Watch, les organes onusiens et des centaines de témoignages directs.

La MINURSO, créée en 1991 pour organiser un référendum, reste la seule mission de paix de l'ONU au monde sans mandat de surveillance des droits humains. Chaque année, des États membres, des rapporteurs spéciaux de l'ONU et des Parlements demandent que ce mandat soit élargi. Chaque année, la proposition est bloquée.

La raison est documentée et publique : la France, membre permanent du Conseil de sécurité, oppose son veto ou sa menace systématiquement pour protéger le Maroc de tout mécanisme indépendant de surveillance. Paris, premier partenaire militaire et économique de Rabat, offre ainsi au Maroc l'impunité la plus précieuse qui soit : celle d'un État occidental qui garantit l'invisibilité des crimes. Ce n'est pas de la neutralité. C'est de la complicité.

Tant que le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui — reconnu par l'ONU, affirmé par la Cour internationale de Justice et la Cour de justice de l'UE — ne sera pas effectivement exercé, les violations continueront, couvertes par le silence institutionnel que Paris entretient avec soin depuis cinquante ans.