I. Le cadre juridique : le Sahara Occidental n'est pas le Maroc
Le Sahara Occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies. Depuis l'invasion marocaine de 1975 lors de la Marche Verte, il est occupé par le Maroc en violation du droit international. Le peuple sahraoui, représenté juridiquement par le Front Polisario, est titulaire d'un droit à l'autodétermination reconnu par l'ONU et confirmé par une jurisprudence constante.
« Le Sahara occidental constitue un territoire distinct et séparé du Maroc au sens du droit international. »
CJUE — Arrêt du 4 octobre 2024, grande chambre (affaires jointes C-778/21 P et C-798/21 P)L'arrêt du 4 octobre 2024 constitue un tournant majeur : la Cour de Justice de l'Union Européenne, réunie en grande chambre, a annulé définitivement les deux accords commerciaux UE-Maroc de 2019 portant sur l'agriculture et la pêche. Elle a réaffirmé sans ambiguïté que toute exploitation des ressources ou activité économique sur ce territoire, sans le consentement du peuple sahraoui, est contraire au droit.
II. L'offre Decathlon Travel : une activité commerciale en zone occupée
Via sa plateforme Decathlon Travel, le groupe français commercialise des séjours touristiques à Dakhla. Ces offres — kitesurf, wingfoil, yoga, stages sportifs — sont présentées au consommateur français sans aucune mention du statut juridique du territoire, ni du fait que Dakhla se situe dans la partie du Sahara Occidental sous contrôle marocain.
Cette omission n'est pas neutre. En commercialisant ces prestations sans information sur le statut du territoire, Decathlon Travel induit ses clients en erreur quant à la nature juridique et éthique de leur destination. Elle s'inscrit par ailleurs dans une logique d'économie touristique dont les retombées bénéficient directement à la puissance occupante.
La CJUE a imposé que les produits originaires du Sahara Occidental soient étiquetés comme tels — et non comme produits « marocains ». Ce principe de transparence et d'identification s'applique logiquement à toute activité économique sur ce territoire, y compris le tourisme commercial.
III. Les risques juridiques concrets pour Decathlon
Le CASO identifie quatre axes de responsabilité potentielle pour Decathlon Travel :
- Violation du droit international humanitaire — en soutenant économiquement une puissance occupante par une activité commerciale génératrice de revenus sur un territoire sous occupation illégale
- Complicité dans l'exploitation illégale d'un territoire non autonome — au sens de la jurisprudence CJUE et des résolutions ONU sur les obligations des acteurs privés vis-à-vis des peuples sous domination coloniale
- Responsabilité civile — pour préjudice économique causé au peuple sahraoui, privé des retombées d'une activité exercée sur son territoire sans son consentement
- Violation de la loi n° 2017-399 sur le devoir de vigilance — les entreprises françaises de plus de 5 000 salariés sont tenues d'identifier et prévenir les risques d'atteintes aux droits humains dans leurs activités et celles de leurs filiales
Ces risques ouvrent la voie à des recours devant les juridictions nationales et européennes. Plusieurs organisations de défense des droits sahraouis sont en capacité d'agir sur ces fondements.
IV. La contradiction ATR : tourisme responsable ou label de façade ?
Decathlon Travel se réclame publiquement de l'engagement pour un tourisme responsable, en mettant en avant son partenariat avec ATR — Agir pour un Tourisme Responsable. Les valeurs fondatrices d'ATR reposent sur trois piliers : le respect des droits humains, la justice sociale, et la souveraineté des peuples.
Promouvoir un tourisme dans un territoire occupé en violation du droit international, sans le consentement du peuple sahraoui, contredit directement chacun de ces trois piliers. Cette contradiction n'est pas une nuance : c'est une incompatibilité structurelle.
Utiliser un label de tourisme responsable pour commercialiser des séjours dans un territoire sous occupation coloniale, c'est instrumentaliser l'éthique comme argument marketing, au mépris des réalités de terrain.
CASO — Analyse juridique, juillet 2025Le CASO demande formellement à ATR d'examiner la conformité de cette activité avec ses principes éthiques et de prendre position publiquement sur le sujet.
Position CASO — Recommandations
Le CASO alerte les consommateurs, les organisations de défense des droits humains et les autorités françaises sur les dérives de ce tourisme d'occupation, et appelle :
- Decathlon Travel à suspendre immédiatement toute activité commerciale sur le territoire du Sahara Occidental, y compris à Dakhla
- ATR à examiner la conformité de cette activité avec ses principes éthiques et à se prononcer publiquement
- Les pouvoirs publics français à rappeler leurs obligations internationales et à encadrer les entreprises opérant dans des zones occupées
- Les citoyens, associations et professionnels à refuser de cautionner un tourisme qui banalise l'occupation et nie le droit à l'autodétermination